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Journées photographiques de Bienne, 9.-31.5.2026

Cracheur de feu
Michel François

Dans Cracheur de feu, le corps humain semble s’effacer au profit d’un souffle devenu matière, volume et paysage. La flamme jaillit comme une excroissance du vivant: une sculpture éphémère, suspendue entre geste performatif et puissance élémentaire. Ce n’est plus tant le cracheur qui est donné à voir que l’acte même de la respiration, rendu visible dans un instant de bascule où l’intérieur du corps rencontre l’espace, la nuit et l’image.

Relégué à la marge, le corps se dissout dans l’obscurité tandis que le feu devient le véritable sujet de la photographie. Ce renversement opère un déplacement fondamental : l’image cesse d’être le simple document d’un acte pour devenir le lieu même de sa transformation. La photographie ne capture pas le feu ; elle le met en scène, le suspend, le fabrique dans un temps impossible. Elle arrête l’instant où la respiration devient explosion, où la chaleur se fait lumière, où le souffle se transforme en paysage.

Présentée proche de la gare et au seuil du festival, l’œuvre s’inscrit comme un moment charnière, en résonance directe avec les crises multiples et l’accélération qui traversent notre présent. À l’image de ce souffle incandescent, les événements contemporains (climatiques, politiques, technologiques, sociaux) se succèdent à une vitesse telle qu’ils dépassent nos capacités d’appropriation, de compréhension et de mise à distance. Quelque chose est en train de se produire, de brûler, sans que nous puissions en saisir immédiatement la portée ni les conséquences.

Dans ce travail, Michel François active une tension constante entre maîtrise et perte de contrôle, entre geste technique et force élémentaire. Cette tension devient métaphore d’un monde où l’humain tente encore de produire, d’agir et de contenir, alors même que les forces qu’il a contribué à libérer le dépassent. La flamme incarne cette ambivalence : à la fois résultat d’un savoir-faire précis et manifestation incontrôlable d’une énergie qui échappe.

Dans le contexte de cette 29e édition, Cracheur de feu résonne avec l’histoire même du médium photographique, né de la lumière mais toujours menacé par elle. La flamme agit ici comme une métaphore de l’appareil photographique lui-même : source de clarté et de révélation, mais aussi de surexposition et de destruction. Chaque image porte en elle une brûlure potentielle, une zone d’instabilité où le visible se consume en se donnant.

L’œuvre propose ainsi une méditation sur la photographie comme expérience limite, à l’image de notre présent: un espace où la lumière, poussée à son paroxysme, frôle sa propre disparition. Entre apparition et effacement, image et événement, Le cracheur de feu inscrit la photographie dans une temporalité incandescente, invitant le regard à contempler non pas ce qui est maîtrisé ou expliqué, mais ce qui brûle trop vite, trop fort, sous nos yeux.

Année de production: 1999

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Lieu

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Rue de la Gare 11
2502 Bienne

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