The Caspian Lake, for Those Who Remain
Khashayar Javanmardi
Pendant des siècles, il a été désigné comme la mer Caspienne. Or ce simple mot — « mer » — a profondément façonné son destin et accéléré son déclin. En vertu du droit maritime international, cette appellation trompeuse a permis aux pays riverains d’exploiter ses eaux comme s’il s’agissait d’une mer ouverte : forages, pollution, surpêche, avec une responsabilité écologique limitée. En réalité, le Caspien est un lac enclavé, un écosystème fragile et autonome, sans débouché naturel. Sa survie dépend aujourd’hui de notre capacité à le reconnaître et à le protéger comme tel.
Des études scientifiques, notamment menées par la NASA et par des organismes indépendants, alertent: dans les prochaines décennies, le Caspien pourrait perdre jusqu’à vingt mètres de profondeur. Une telle baisse entraînerait l’effondrement des zones humides, des pêcheries et des communautés côtières, constituant l’une des plus graves catastrophes écologiques contemporaines et mettant en péril les moyens de subsistance de millions de personnes réparties sur cinq pays.
Le photographe Khashayar Javanmardi, ayant grandi sur les rives méridionales du Caspien et vivant aujourd’hui en Suisse, consacre son travail au long cours à ce territoire menacé. Son projet Caspian ne se limite pas à documenter une crise environnementale: il vise à provoquer un déplacement des regards et des cadres juridiques. Au cœur de cette démarche se trouve un geste fort — renommer le Caspien de « mer » en « lac » — un acte à la fois linguistique, légal et symbolique, destiné à engager les États riverains vers une gestion fondée sur la responsabilité partagée et la protection écologique.
Le projet se déploie en quatre chapitres — Southern, Western, Northern, and Eastern Reflections — retraçant les vies, les cultures et les réalités environnementales autour du lac. Le premier volet, Caspian : A Southern Reflection, publié en 2024 par l’éditeur indépendant Loose Joints, a reçu une reconnaissance internationale pour sa capacité à conjuguer urgence écologique et écriture visuelle poétique. Entrant aujourd’hui dans sa deuxième phase, Western Reflexion, Javanmardi poursuit son exploration en montrant comment le retrait des eaux et les mutations géopolitiques et écologiques redessinent les paysages et les existences. À terme, le projet accomplira un tour complet du Caspien, constituant une vaste archive visuelle et culturelle — témoignage à la fois de la perte, de la résistance et de la résilience.
À la fois témoin et acteur engagé, Khashayar Javanmardi donne voix à un territoire menacé et interroge l’indifférence globale. Son travail appelle à considérer le Caspien non comme une mer exploitable, mais comme un système vivant, fini et vulnérable, dont l’avenir engage une responsabilité collective urgente.
À l’heure où l’Iran traverse une période de tensions majeures, cette œuvre affirme un hommage clair et un geste de solidarité envers le peuple iranien.
Année de production: 2014-Ongoing