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Journées photographiques de Bienne, 9.-31.5.2026

Osmosis
Lester Kielstein

Avec Osmosis, Lester Kielstein développe une enquête photographique au long cours sur les régimes contemporains de visibilité de la migration à la frontière germano-polonaise . Né d’un parcours de plus de 13 000 kilomètres à travers le pays, le projet observe un paysage traversé par des tensions contradictoires: d’un côté, la mise en scène très visible de l’extrême droite, largement relayée et amplifiée dans l’espace médiatique; de l’autre, les traces plus discrètes, souvent négligées, de la migration, en particulier le long de la frontière germano-polonaise. Entre ces deux pôles, Osmosis questionne ce qui passe, ce qui reste, ce qui se perd, et ce qui ne devient perceptible qu’à condition de ralentir et d’apprendre à regarder autrement.

Le titre renvoie à un phénomène de filtration à travers une membrane semi-perméable: certaines particules traversent, d’autres sont retenues. Kielstein mobilise cette image comme une métaphore politique de l’espace public européen, où les récits migratoires circulent de manière asymétrique. On parle beaucoup des réfugié·es, dans les discours politiques, les débats médiatiques, les statistiques, mais leurs voix entrent rarement dans la sphère publique autrement qu’à travers des figures instrumentalisées, des images simplifiées ou des narrations déjà écrites. Cette dissymétrie — qui est vu, qui est autorisé à apparaître, qui est laissé hors-champ — constitue le cœur de Osmosis.

Plutôt que de représenter frontalement les personnes migrantes, l’artiste opère un déplacement. Osmosis se construit à partir de fragments: objets abandonnés, paysages frontaliers, documents administratifs, infrastructures ordinaires, rives, champs, lignes électriques, zones de passage. Ces éléments deviennent des indices, des formes de témoignage indirect, des traces matérielles d’une présence rendue illisible par la combinaison des dispositifs de contrôle, des mécanismes de médiatisation et de l’oubli social. La photographie ne cherche pas à « prouver » ; elle rend sensible. Elle ne désigne pas ; elle ouvre un espace d’attention, où la question du témoignage se déplace du spectaculaire vers l’infra-ordinaire.

La forme éditoriale du livre Osmosis est centrale dans cette démarche. Le projet s’y déploie comme une expérience de lecture faite de discontinuités, de silences et de suspensions. Des pages blanches, des images à peine présentes, des motifs qui reviennent comme des échos, construisent un rythme lent — presque respiratoire — où l’effacement fait partie du langage. Le livre ne comble pas les vides : il les maintient ouverts. Il place le regardeur dans une position active, l’invitant à reconnaître ce que l’on ne voit pas immédiatement, à accepter l’incomplétude, à comprendre que le récit migratoire est aussi fait de ruptures, d’interruptions et de pertes. Dans cette économie de la retenue, l’absence devient un matériau, et la fragmentation une méthode.

Cette attention au seuil traverse tout le projet. Les lieux photographiés sont souvent des espaces liminaux : bords de routes, rivières, lisières boisées, zones rurales, architectures fonctionnelles, traces administratives. Ils apparaissent comme des paysages « neutres » — et pourtant habités par des rapports de force. Ce sont des espaces où se jouent des passages, des filtrages, des attentes. Loin de l’imagerie spectaculaire de la crise, Kielstein montre un territoire où la migration se manifeste par des restes, des signes minimes, des choses laissées derrière : un papier, un vêtement, une empreinte dans l’herbe. Cette esthétique de la trace refuse l’assignation compassionnelle et protège les personnes de la mise en visibilité forcée. Elle déplace le regard : de la figure vers les conditions, du visage vers l’infrastructure, du récit imposé vers les indices silencieux.

Dans le cadre de cette édition, Osmosis interroge la vulnérabilité comme une condition politique produite par des régimes de contrôle et des hiérarchies de visibilité. Le projet met en lumière la fragilité des corps en déplacement, mais aussi celle des systèmes qui prétendent les représenter. Que peut l’image face à ce qui est filtré, refoulé, rendu imperceptible ? Comment photographier sans exposer ? Comment témoigner sans produire une nouvelle violence du regard ? En choisissant le fragment, le silence et la retenue, Lester Kielstein propose une autre éthique de l’image: une pratique du care visuel, où regarder devient un acte situé, attentif et responsable.

Osmosis ne raconte pas la migration comme un événement isolé, mais comme une structure : une circulation conditionnée par des seuils, des dispositifs, des frontières visibles et invisibles. Le projet nous confronte à une question essentielle: qu’est-ce que voir signifie aujourd’hui, lorsque les récits sont filtrés, hiérarchisés, instrumentalisés ? Et que reste-t-il visible si l’on choisit, réellement, de regarder de plus près ?

Année de production: 2025

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Lieu

NMB Bâtiment Schwab

Bâtiment Schwab (NMB)

Faubourg du Lac 50

2502 Biel/Bienne

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